Bien connu des services de police-Dominique-Manotti

Panteuil, dans la région parisienne. Une ville de banlieue comme il en existe beaucoup avec ses petits trafics, ses parking, ses zones de non-droits, ses camps de Roms, son commissariat et sa B.A.C, comprenez brigade anti-criminalité, la « police des cités ». Ici, point de héros mais une multitude de personnages, du jeune stagiaire qui découvre que le métier dont il rêvait n’est pas, sur le terrain, celui qu’on lui a décrit au vieux briscard qui a fini, comme d’autres, par mettre la « main dans le pot de miel ». Le monde qu’il côtoie tous les jours est tellement laid et puant qu’il a fini par en adopter les codes et les règles, couvert par une hiérarchie obnubilée par la culture du résultat tout en flirtant avec le pouvoir politique. Dans ce septième polar « chronique d’un commissariat de banlieue », écrit par l’historienne et militante syndicale Dominique Manotti, rien ne nous est épargné. C’est du lourd, du sec, du concentré et ça fait mal.

Extrait, page 46 : « La salle de repos est déserte. L’équipe de journée est partie depuis longtemps, et celle de l’après-midi pas encore rentrée. Doche s’est débarrassé de son arme avec un soupir de soulagement, il s’est douché, changé. Fin de sa première journée de flic. Submergé par le désarroi, et désarroi, c’est peu dire. Besoin impérieux de faire le point tout de suite avant de partir, parce que, s’il rentre tout seul chez lui, dans sa chambre de bonne minable sous les toits, dans les bruits incessants de l’étage surpeuplé et la chaleur de l’été en ville, il ne pourra plus penser. Au mur, devant lui, au milieu des affiches de cinéma, une grande affiche très différente, celle d’un jeune rappeur, bonnet enfoncé sur la tête, gueule de métèque, ce pourrait être n’importe lequel de ses copains d’adolescence dans le Nord. Ses nouveaux collègues s’en sont servis comme d’une cible pour jouer aux fléchettes. Deux paquets de fléchettes bien groupées ont crevé chacun des deux yeux, et une fléchette isolée pend sur la joue comme une grosse larme sanglante. Doche se sent mal, très mal, entre envie de vomir et envie de pleurer. Sensation d’être explosé, en miettes, comme le soir où il s’est agenouillé à côté du cadavre de Schumi. Être flic pour retrouver une place à soi dans un groupe solidaire et dans un monde ordonné. Et, en une seule journée, il se retrouve de nouveau seul, en plein désordre. » Dominique Manotti.

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