Baisers de cinéma de Eric Fottorino
« Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma ». C’est ainsi que commence le troisième paragraphe du huitième roman de Eric Fottorino qui s’est vu décerné, lors de la sortie de ce livre, le Prix Femina 2007. S’il n’est pas autobiographique comme d’autres ouvrages écrits par Eric Fottorino, Baisers de cinéma est cependant très marqué par l’amour que porte son auteur au cinéma. A la recherche de sa mère qu’il n’a jamais connue, et suite à la révélation que son père lui fera peu de temps avant de mourir, le personnage principal de Baisers de cinéma, Gilles Hector, passe son temps dans les salles obscures pour voir et revoir les films pour lesquels son père était photographe de plateau et, par conséquent, en contact permanent ou presque avec des actrices. « L’une d’entre elles est peut-être ma mère ? » se dit-il tout bas, scrutant les visages de chacune pour y trouver un air de ressemblance avec lui-même. C’est là qu’il rencontre une femme à la chevelure éclatante, belle comme la lumière du petit matin qui éclaire sans écraser, caresse sans brûler. Et c’est un regard d’éclairagiste que pose Gilles Hector mais aussi Eric Fottorino sur cette histoire d’amour naissante. Tout en clair-obscur, à la manière d’un Caravage, soulignant ici la candeur et la fragilité des sentiments, mettant là en valeur les corps qui s’éveillent l’un à l’autre. Un beau et bon moment, à lire sous la douce lumière d’une fin d’après-midi d’été lorsque le chant des cigales perd de sa stridence.

Extrait, page 41 : « Soudain, elle se leva. Elle décréta qu’elle était en retard. C’était sûrement vrai. Elle n’avait presque pas touché à son plat. Je n’avais ni son adresse, ni son numéro de téléphone. Elle les nota sur une feuille de mon répertoire. A l’encre violette. Sa plume formait des lettres hautes et fines comme la calligraphie d’une très vieille civilisation. En s’éloignant, elle m’adressa un signe de la main. Son visage avait repris le masque blême du matin. Une étrange dureté ou bien la trace d’une frayeur contenue. Je me demandai comment mon père s’y serait pris pour saisir son expression sans la laisser faner. Je restais seul à la table ronde avec le pressentiment que cette solitude deviendrait une fidèle compagne chaque fois qu’il serait question de Mayliss, d’attendre Mayliss, de la laisser partir, d’espérer qu’elle revienne, avec sa petite voix, ses yeux agrandis, sa lèvre au léger renflement, sans parler de son corps que je devinais seulement, dissimulé sous sa longue jupe de jersey. On me servit une belle part de gâteau au chocolat dont le dessus miroitait, mais je n’avais plus faim. J’entendais le tintement des cuillers d’argent contre les soucoupes, les conversations chuchotées dans ce havre hors du temps où Mayliss retrouvait des couleurs ». Eric Fottorino.

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