L’Art du jeu de Chad Harbach

Il est assez rare que j’achète des livres dès leur sortie. D’abord pour le coût auquel cela revient. Ensuite pour leur grand format, peu pratique lorsqu’on ne se déplace qu’en bus ou en train. J’ai pourtant fait une exception pour L’Art du jeu, le premier livre de Chad Harbach, tant les critiques étaient élogieuses et unanimes. Sorti aux Etats-Unis en 2011, ce livre de plus de 600 pages n’est apparu sur les étals de nos librairies dans sa version française qu’en juin dernier. Autant le dire tout de suite, les trente premières pages m’ont laissée froide comme la pierre, à la limite de l’ennui me demandant pourquoi j’avais acheté ce livre. Quand un déclic s’est produit… Je ne saurais dire pourquoi, comment, ni à quel moment mais j’ai dévoré ce livre aujourd’hui même, incapable que j’étais de le fermer pour passer à autre chose !

Chad Harbach nous plonge dans l’univers du baseball universitaire, sur le campus du Westich College dans le Wisconsin. Vu comme cela, dans un pays comme la France où le baseball a autant d’importance que sa première paire de chaussettes, je suis d’accord, ce n’est pas séduisant. Sauf que Chad Harbach est brillant et quand bien même vous n’avez jamais vu un match de baseball et n’en connaissez aucune des règles, il parvient tout de même à vous captiver ! J’ai aimé suivre ce jeune homme frêle et discret, Henry Skrimshander, passionné de baseball, concluant tous ses matchs par un sans-faute, qui rêve d’en faire son métier. J’ai aussi aimé cette relation qu’il noue avec un étudiant plus âgé, Mike Schwarz, qui le prend sous son aile pour en faire un champion. L’histoire ne s’arrête pas là bien sûr. Il ne s’agit pas seulement de raconter ce lien de franche camaraderie qui se tisse entre deux étudiants mais de narrer aussi l’apprentissage de l’échec et la manière d’y faire face, la quête de la perfection, le prix du renoncement, au regard de son histoire personnelle, des projections que les uns ou les autres, toujours bien intentionnés, ont pour vous et vos propres désirs. Ajoutez à cela trois autres personnages « piliers », eux aussi confrontés aux conséquences de choix passés, plus ou moins conscients, placez en toile de fond une évocation de la littérature américaine du XIXe siècle, et vous obtenez un livre magistral. Aussi haletant qu’un polar, au dénouement étonnant et à l’écriture époustouflante de justesse.

Cela n’étonnera sans doute pas ceux qui ont déjà lu ce livre… L’Art du jeu est en cours d’adaptation cinématographique. Pour l’heure, la version écrite bat des records de vente et a déjà été traduite dans dix-huit langues.

Extrait, pages 68 et 69 : « A la fin de sa première année, Henry resta l’été à Westish pour s’entraîner avec Schwartz. Ils se retrouvaient à cinq heures et demie tous les matins. Quand Henry fut capable de monter et descendre tous les gradins du stade de football, Schwartz lui offrit un gilet lesté de plomb. Quand il put courir le cinq mille mètres en moins de vingt minutes, il lui demanda de le faire dans le sable. Quand il y parvint, il dut le faire au bord du lac, avec de l’eau jusqu’au genoux. Medecine balls, yoga, bicyclette, corde, arbres, poubelles, parcours cardio-pliométriques, Schwartz débordait d’imagination. A sept heures et demie, le soleil était encore bas sur le lac ; Henry se douchait et se rendait au réfectoire pour faire la vaisselle des étudiants d’été qui venaient de prendre leur petit-déjeuner. Après son service, il marchait jusqu’au terrain de baseball, où Schwartz avait installé la machine à lancer et une caméra.Henry frappait balle après balle, jusqu’à en avoir les bras tout raides. Puis ils allaient à la salle de gym pour soulever de la fonte. Le soir, ils jouaient dans une équipe d’été à Appleton. Henry n’avait jamais été aussi heureux. Etre en première année avait été une aventure, une joie, et finalement une réussite, mais cela avait été éprouvant aussi, une lutte constante, qui avait réclamé adaptation et persévérance. Mais à présent, il était intégré. » Chad Harbach.

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