Le cœur cousu de Carole Martinez

C’est à un merveilleux voyage que nous invite Carole Martinez pour qui Le cœur cousu est son premier roman. Un conte féérique à l’écriture ciselée et sensuelle, un conte d’amour, peuplé d’ogres, d’enfants à qui la nature a donné à chacun un don particulier et de paroles magiques transmises de femme en femme, de génération en génération. Venez découvrir l’histoire de cette jeune couturière, Frasquita Carasco, à qui sa mère, une nuit, remet une boîte qu’elle ne devra ouvrir que neuf mois plus tard. Plongez dans cette Espagne du sud, vibrante de traditions et de cultures multiples et ancestrales, où le soleil brûle la peau et dessèche les corps. Vous ne le regretterez pas et oublierez un temps le monde moderne, tout entier tourné vers des désirs marchands et des urgences qui n’en sont pas.

Editions Folio

Extrait, page 391 : « Ecoutez mes sœurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez… le bruit des mères ! Ecoutez-le couler en vous et croupir dans vos ventres, écoutez-le stagner dans ces ténèbres où poussent les mondes !

Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l’Histoire. Mais il est d’autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l’oreille des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères. Rien n’est plus fascinant que cette magie apprise avec le sang, apprise avec les règles.

Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’épices, magie et recettes se côtoient. L’art culinaire des femmes regorge de mystère et de poésie.

Tout nous est enseigné à la fois : l’intensité du feu, l’eau du puits, la chaleur du fer, la blancheur des draps, les fragrances, les proportions, les prières, les morts, l’aiguille, et le fil… et le fil.

Parfois, des profondeurs d’une marmite en fonte surgit quelque figure desséchée. Une aïeule anonyme m’observe qui a tant su, tant vu, tant tu, tant enduré. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes !

Par-delà le monde restreint de leur foyer, les femmes en ont surpris un autre. Les petites portes des fourneaux, les bassines de bois, les trous des puits, les vieux citrons se sont ouverts sur un univers fabuleux qu’elles seules ont exploré. Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine. Ce qui n’a jamais été écrit est féminin. » Carole Martinez.

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