Les chiens de Riga de Henning Mankell

Après le polar islandais, le polar suédois. Force est de constater que le climat, généralement décrit comme glacial et brumeux dans ces romans, joue un grand rôle sur le moral des protagonistes. Dans Les chiens de Riga, il est question cette fois de l’enquête du commissaire Kurt Wallander. Un matin, un canot de sauvetage est repéré non loin de la plage de Scanie en Suède. Il contient deux cadavres en costume et chemise blanche qu’une large auréole rouge dans la région du cœur est venue tacher. C’est le début d’une longue enquête qui emmènera le commissaire Wallander jusqu’en Lettonie, à l’époque où ce pays est encore sous le joug de la Russie, omniprésente par sa culture et ses méthodes policières, disons particulières et rapidement convaincantes. Sauf que le commissaire Wallander n’est pas habitué à ce type d’enquête, ni à la dictature qui règne en Lettonie. Il se perd donc en conjectures, revient 100 fois sur ses hypothèses, se décourage, est sur le point d’abandonner. Le lecteur fait de même, sans doute trop habitué, grâce aux séries télévisées, à voir une enquête résolue en 52 minutes chrono avec un sens de la déduction chez les héros du petit écran proprement stupéfiant. A l’instar du commissaire Wallander, le lecteur devra faire montre de patience, accepter que le raisonnement du dit commissaire (car vous cherchez en même temps que lui !) ne soit pas le bon, émettre d’autres hypothèses, pour arriver au bout de cette intrigue. Si le rythme est fort lent au début, déroutant la lectrice avide que je suis, le dernier tiers du livre est exalté et l’écheveau de suppositions formulées par le commissaire Wallander a soudain pris forme. Patientez et vous en serez récompensé !

Extrait, page 35 : « Wallander quitta le bureau. La porte de Martinsson et celle de Svedberg étaient encore ouvertes, mais les collègues eux-mêmes restaient invisibles. Neuf heures trente. Il descendit au sous-sol, où le canot rouge avait été placé sur des tréteaux. Il l’examina attentivement à la lumière d’une torche électrique puissante, mais ne découvrit rien. Aucun nom de marque, aucun pays de fabrication. Comment expliquer cette absence ? Soudain, son attention fut retenue par un bout de corde. A la différence des autres, qui servaient à maintenir le plancher de bois au fond du canot, celle-ci semblait avoir été tranchée à l’aide d’un couteau. Pourquoi ? Il tenta d’imaginer les conclusions qu’en aurait tirées Rydberg, mais son cerveau était vide. A dix heures, il était de retour dans son bureau. Il composa le numéro de poste de Martinsson, puis de Svedberg, sans résultat. Il ramassa un bloc-notes et entreprit de résumer le peu qu’il savait concernant les victimes. Deux hommes originaires d’Europe de l’Est, tués d’une balle dans le cœur presque à bout portant avant d’être revêtus de leur veste et lâchés dans un canot de sauvetage inidentifiable. Torturés. Il repoussa le bloc. Une pensée venait de le frapper. Des gens torturés puis assassinés… On les cache, on leur creuse un trou, on les expédie au fond de l’eau avec des poids autour des jambes. Les larguer dans un canot, cela implique qu’on prend le risque d’une découverte. Etait-ce délibéré ? Voulait-on que les corps soient retrouvés ? Leur présence dans le canot suggérait qu’ils avaient été tués en mer… » Henning Mankell.

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