Couverture L'écrivain de la famille de Grégoire Delacourt

« Maman, t’es pas du Zan, Papa, tu fais des grands pas, Mamie, t’es douce comme de la mie, Papy, tout le monde fait pipi ». Ces quelques rimes écrites à sept ans par Édouard, le narrateur de cette histoire, lui vaudront à jamais, le statut d’écrivain de la famille. Un statut bien lourd à porter pour un jeune garçon dont la famille vacille, entre un père dépressif, une mère aimante et fantasque qui rêve à une autre vie, une sœur trop jeune pour comprendre ce qui se passe autour d’elle et un frère qui vit dans un autre monde, à l’intérieur de lui-même.

Enserré dans un costume trop grand pour lui, Édouard ne cessera de vouloir correspondre à ce que son entourage, y compris sa femme, a rêvé pour lui, trébuchant d’insatisfactions en échecs et déceptions. Jusqu’au jour où …

J’ai passé un très bon moment avec L’écrivain de la famille, premier roman de Grégoire Delacourt. L’écriture est alerte, le propos souvent drôle et touchant. Un bémol cependant lorsqu’il égrène la liste des événements – politiques, artistiques, économiques, etc. – qui ont marqué chaque décennie vécue par le narrateur – l’histoire se déroule des années 70 aux années 90. Si le procédé fonctionne bien au début du roman, il devient quelque peu lassant au fil des pages, comme si Grégoire Delacourt s’était contenté de recopier des passages de Chroniques du 20e siècle. Le cœur du livre est ailleurs. Entre quête d’identité et loyauté vis-à-vis de ceux qui nous ont aimés, même maladroitement.

Extrait, page 60 : « Quand sait-on qu’on aime ? Le soir ou au matin ? Quand il est encore temps ou déjà trop tard ?

Je n’aimais pas Monique ; je le sus tout de suite. J’avais lu Sartre en classe de philosophie. Il écrivait qu’aimer était avant tout vouloir être aimé. Gide aussi. Je ne veux pas être aimé, écrivait le pédéraste, je veux être préféré. Être aimé, être préféré, même combat, même lâcheté. Nous nous repaissons tous du désir que l’autre a de nous. Pas d’amour ici. Juste le désir du désir de l’autre. Mais voilà. Nos lâchetés triomphent. Nos héritages maudits refont surface.

Mes bras relâchèrent doucement Monique. Sa respiration se fit alors plus calme. Elle passa la main dans ses cheveux et eut un gracieux mouvement de tête. Ses yeux ne croisèrent pas tout de suite les miens, elle regarda autour de nous, pour la première fois : la pièce sans confort, le lit défait, les livres au sol, la bière, toute cette crasse d’ado finissant, d’homme naissant et leur porta – cela ne me frappa pas sur le coup – un regard de propriétaire déjà. Tout était décidé en deux secondes et je n’avais pas eu mon mot à dire. » Grégoire Delacourt.

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